photo bandeau : Mickaël Minarie « Attente »

 

 » Solitude en Novembre, effervescence en Décembre « , tel sera ce nouveau dicton pour les 24 membres présents ce jeudi soir.  A l’heure où chacun s’installe devant son assiette de soupe pour les plus anciens ou plat pizza pour les plus jeunes, avec en fond sonore les dernières informations toutes aussi réjouissantes les unes que les autres,  la tension est palpable dans la salle.                                                   

Etre jury n’est point chose aisée. Les doigts ont du mal à s’élever au-dessus des têtes baissées comme si le plancher avait plus d’intérêt que le plafond. L’attente s’éternisant un peu, le couperet est tombé sur les malchanceux qui n’ont pas osé dire « Non, pas moi » .

Hubert, Jean-Claude et Ghislaine ont hérité de cette lourde tâche de briser la solitude installée. Je dois souligner que Ghislaine, nouvelle venue parmi nous n’en menait pas large mais le bon samaritain assis sur sa gauche s’est penché gentiment vers elle pour lui susurrer dans l’oreille qu’il lui servirait de cornac. Un doux je vous dis ce Serge D.  Le jury nommé, les sourires et chuchotements sont revenus dans la salle comme par miracle.

Avant d’entamer cette projection fatale pour les uns et un peu moins pour les autres, notre ami Didier a souhaité détendre l’atmosphère avec cette anecdote vécue pendant sa présence à notre exposition. L’air un peu timide, il nous a raconté qu’une visiteuse a fait le tour de l’expo puis participé au Prix du Public. Avant de remettre son bulletin, elle a asséné cette observation:  » Toutes ces photos je les aurais faites au smartphone «  Son ton persifleur ajouta : « Sauf celle-ci »  en désignant celle de  Pierrot le bienheureux qui s’en tordrait de rire puisque le geste de la Dame atteignait son but. Didier s’est tout de suite dit que ça ne servait donc à rien d’être dans un club photo où l’on a rien à apprendre puisque tout le monde peut faire de telles photos au smartphone. Heureusement, il n’a pas été jusqu’à rendre sa carte d’adhésion.

Quand il m’a raconté cette histoire j’ai pensé que la Dame a ciblé la photo du but car elle s’est dit que celui-ci étant trop large, elle ne le ferait pas tenir dans son smartphone tenu en mode vertical.

Oufff ! le club a ses raisons d’exister. 

 

L’entrée en matière étant posée, reste le principal, présenter le challenge du mois et en parler. C’est à ce moment là que l’on ressent de la solitude. Je veux parler du syndrome de la page blanche.                         

En l’occurrence, c’est celle qui s’affiche devant moi. Ecran glacé sur lequel glissent quelques pensées en  silence. Les doigts crispés sur les touches du clavier sont prêts à pianoter pour les matérialiser. Il suffit de débusquer la pensée salvatrice qui va ouvrir les vannes de la libération par l’écriture d’un pamphlet sur la solitude. En attendant, je meuble par quelques mots erratiques et sans consistances.

Pour le moment, je me sens dans la peau d’un anachorète mais dépourvu de religion dans ma grotte de solitude… Ah! nous y voilà. Cette fameuse solitude qui peut être  plus ou moins choisie. L’idée première pour l’imager est de présenter un être seul dans un environnement naturel ou social. Cette sorte de solitude  est souvent la résultante d’un besoin spontané et temporaire pour échapper aux turpitudes de la vie ou tout simplement se retrouver avec soi-même en goutant à la liberté de penser, de respirer, de méditer, de vivre tout simplement. L’autre face de la solitude, celle qui est intérieure, celle qui emprisonne l’expression, celle qui conduit à l’isolement jusqu’à ce sentiment d’inutilité mortifère est beaucoup plus difficile à représenter par une photographie. Celle-ci demandera une analyse plus en profondeur pour deviner et ressentir l’intention première de l’auteur ou autrice.                                                                     

La plupart de nos photos ont décrit la solitude par l’isolement physique derrière lequel nous avons posé des mots pour tenter d’en donner une consistance. Quelques autres ont joué avec une attitude, un regard, une confrontation sociale, une atmosphère parfois lourde, un lieu censé apporter le bien-être mais ne remplissant pas son rôle.  Parfois, une mise en scène a été conçue pour illustrer ce sentiment. Nous avons tous puiser une petite part de soi pour dire par l’image notre vision de la solitude.         

L’évidence n’est pas toujours au rendez-vous mais ce genre d’exercice incite chacune et chacun à s’investir toujours un peu plus dans la recherche de soi face à son désir d’expression par la photographie. Nous ne sommes pas dans la peau d’un photoreporter dont l’objectif est de relater des faits, rien que des faits,  mais nous sommes dans celle d’un ou d’une photographe face à sa propre vision pour en exprimer le ressenti  par l’image. Celle-ci a donc besoin d’une force intrinsèque dans sa réalisation pour imposer son opinion aux yeux des futurs regardeurs. La diversité de ceux-ci fera que les réactions seront différentes mais n’engendrera jamais l’indifférence. 

Voir la participation aussi forte aux challenges est encourageant. Chacune et chacun doit y chercher une forme de motivation, voir de concurrence profitable qui servira notre démarche personnelle.                     

La force d’un club vient de ce partage pour le profit de l’ensemble.  

 

Ci-dessous différentes formes de solitude dans des environnements dissemblables :              

 

Avec dans l’ordre Françoise Gillard « Souffrance » Johnatan Koune « Méditation »                                           

                             Daniel Gros-Circan « Isolement »  Alain Garandeau « Moi et moi »

 

Vous pouvez voir l’ensemble des photos dans leur ordre de classement dans l’onglet « Challenge » 

MERCI à Toutes et Tous      ChB