photo bandeau : Atea Lelaisant « Souvenir de faïence »
Non, nous ne sommes pas dans une de ces rues surpeuplées de Pondichéry , pas plus que nous sommes sur une ZAD envahie par des défenseurs de causes perdues ou dans un de ces pubs londoniens fréquentés par les adeptes de « L’after work » , mais tout simplement dans notre salle de réunion où 28 AF16‘istes attendent avec impatience de contempler les photos de la talentueuse Atea Lelaisant nouvellement venue parmi nous.
Avant de commencer notre voyage photographique, Martine a rappelé à l’assistance, notre projet futur intitulé « Fleur d’Isa » qui fait appel à votre générosité par la création et le don d’une photographie dont le sujet tournera autour du coquelicot, fleur emblématique de cette association qui apporte aide et réconfort aux personnes atteintes d’un cancer. Nous attendons la participation d’au moins 30 membres de notre club. Ces photos feront l’objet d’une exposition dont lieu et contexte restent à définir. Nous en reparlerons. Le temps du coquelicot venu, nous comptons sur vous pour en tirer la subtile quintessence qui nous fera rougir de plaisir. MERCI à Toutes et Tous pour votre implication dans ce projet.
Reprenons notre voyage photographique du jour au travers des divers sujets abordés par Atea.
D’emblée elle nous emmène à Laragne, dans une partie désertée d’un hôpital psychiatrique. La seule vie qui y subsiste se manifeste par la brillance éclatante de la faïence des lavabos et autres carrelages qui restent scellés aux murs écaillés pour défier le temps. On en arrive à imaginer quelques personnages fantomatiques livrant leur nudité transparente et fugitive, portée par un courant d’air glacial.
Cette visite terminée avec un petit frisson dans le dos, Atea nous invite à la prison de Pontaniou dans la ville de Brest, sur les pas d’anciennes prostituées puis de prisonniers civils et militaires. Sur les murs scarifiés, tagués, se lit la détresse meurtrie par la privation de liberté et le remord face aux maux engendrés par l’acte irréfléchi d’un moment d’égarement. La rédemption sera t’elle au bout du tunnel ?
Nous laissons derrière nous l’image des barreaux interdisant tout échappatoire, pour nous glisser entre les murs d’une maison angoumoisine, abandonnée. Ceux-ci habillés de tapisseries d’une autre époque, celle des fleurs bleues ou jaune-orange pour égayer les intérieurs après la grisaille persistante d’une guerre encore dans les esprits, donnent le ton de cette visite clandestine. Les pas foulent le carrelage de la cuisine, noir et blanc comme pour jouer aux Dames, illusion donnée à la femme, pas encore émancipée, alors qu’elle s’échine à préparer un savoureux plat de réconfort pour le mari pourvoyeur du pain quotidien. Cet univers dystopique, comme le qualifie Atea, s’estompe mais quelques relents subsistent encore.
A peine avons-nous finis d’être submergés par un passé de douleur où la nostalgie peine à poindre que nous abordons un présent quasiment aussi sombre. A Geze, quartier de Marseille, on y fait table rase sans se soucier d’en garder quelques traces d’histoire ouvrière d’après guerre pour en faire un centre d’affaires européen. Une époque en remplace une autre. Le vide de l’inertie n’est plus tolérable de nos jours. Paraître pour survivre, paraître pour dominer, paraître pour mourir un jour. La boucle sera bouclée. Atea nous en montre le côté nauséabond malgré le devoir de devancer le futur pour participer à la gloutonnerie d’un mode sans partage.
La lutte continue avec ces quelques photographies d’une ZAD de l’A69 dont les âmes utopistes livrent un combat perdu d’avance face aux priorités étatiques pourvoyeuses d’emplois pour le bien-être d’une population en demande selon son crédo. La préservation de l’environnement est une nécessité jusqu’à ce qu’une autre en prenne le dessus. Le pot de terre volera en éclats quand il se fracassera sur le pot de fer. C’est une dure réalité à laquelle il faut se plier quand le besoin majoritaire l’emporte sur le rationnel. Pourtant les combats ne sont pas tous vaincs, certains ont l’audace de remporter la victoire.
Ci-dessous ZADistes contre certains empiètements illégaux de la A69 sous le feu des lacrymogènes.
Atea prend soin de nous préciser qu’elle n’est pas de tous les combats plus ou moins utopistes qui font la une de l’actualité. Elle insiste même que son psychisme est au beau fixe et que rien n’effacera son sympathique sourire. Aussi, pour terminer son voyage photographique, elle nous présente un embryon de société voulant se retirer du cercle vicieux de la consommation. Nous n’en voyons pas les protagonistes mais on les imagine sous l’apparence de soixante-huitards encore dans tous les souvenirs des plus de cinquante ans. Pour s’évader complètement, Atea se mêle aux touristes avides de selfies et va jusqu’à se promener le nez en l’air pour capter quelques lignes d’architectures qui ont flatté son regard.
Dans l’ordre : Habitats communautaires près de Grenade , Touristes en goguette et lignes architecturales.
Nous en avons terminé avec un voyage dans le passé, les deux pieds dans le présent et un pas vers l’avenir proposé par le regard d’Atea guidé par les pulsions de son cœur. C’est cet engagement de soi sur la diversité de notre environnement sociétal qui permet de construire une vision toute personnelle avec ce désir de la partager. Que le retour soit positif ou son contraire, peu importe pourvu que l’indifférence ne soit pas au rendez-vous. Par cette projection, Atea a réussi à nous captiver jusqu’à regretter que ce soit déjà terminé. Nous en redemandons. A toi de continuer sur cette voie Atea. MERCI pour ce bon moment.
Nous allons maintenant continuer la route en prenant un chemin détourné qui passe chez Serge Blanc qui nous propose un bain dans la grande grise et une énigme sauvage qui a laissé l’assistance perplexe.
L’énigme résolue pour certains et pas pour d’autres a laissé place à une tentative plutôt réussie de « CloseUp » par Jérémie Louis qui s’est attaqué au challenge en cours. Muni d’un 135mm assez ancien et d’une bonnette d’approche, il a pu saisir la course effrénée d’un minuscule escargot et du repas gargantuesque d’une coccinelle sous la surveillance de son ami le jardinier Ducoin. Ne pou…ffez pas !
Je ne vais pas chercher la petite bête à Laurent Ferchaud pour ce passage forcé dans les rues de Londres avant de continuer notre vol vers des contrées plus lointaines encore. Fasciné par l’architecture de la City Laurent s’en ai donné à cœur-joie pour nous montrer la toute puissance de l’endroit où nombre de traders bâtissent leurs fortunes. Cadrées avec soin et rigueur, ces photos montrent la toute puissance d’un monde de l’argent roi. Charles III n’a bien qu’à se tenir surtout si Epstein est passé par là. So british ce Laurent !
Après un décollage réussi, nous avons enfin atterri dans une des rues surchargées de Pondichery, ancienne capitale de l’Inde française. Au travers des photos de Daniel Gros-Circan nous nous immergeons dans cette populace bigarrée et accueillante. Les étals innombrables bordent les rues, envahissent les trottoirs, abhorrant maints fruits et légumes qui paraissent appétissants pour les chalands européens que nous sommes devenus l’espace d’un moment. Par contre, à la vue de viande sanguinolente sous l’assaut d’un commando de mouches, l’appétit devient nausée. Heureusement que Daniel n’a pas pu rapporter quelques flacons de cette odeur pas très lointaine de la pestilence pour nous faire partager les délices de ce périple indou. Ce désagrément est vite oublié quand on croise les regards affables et bienveillants de tous ces marchands et autres cuisinières affairées à préparer viandes et poissons pour les affamés du jour. La forte odeur des épices flattent les narines. Avec Daniel nous goutons les plaisirs d’un monde qui nous est étranger mais tellement attachant.
Merci à toi, l’Ami Daniel que je vois très bien affublé d’un sari ou d’un kurta pour te confondre avec l’un de ces autochtones et passé inaperçu.
Ce long voyage est enfin terminé. Après plus de quatre heures de travail, je peux enfin vous en livrer l’essentiel. Merci aux photographes voyageurs qui nous ont régalé au travers de l’objectivité de leur regard.
A la prochaine pour de nouvelles aventures. ChB